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Oct 25

Jean-Marc Jancovici : un expert qui n’a pas sa langue dans sa poche



Expert sur l’énergie, polytechnicien, consultant, conférencier… Jean Marc Jancovici est une figure haute en couleur dans le débat sur l’avenir énergétique.

La langue de bois, il ne connaît pas, loin de là : ses analyses des problématiques énergétiques sont basées sur la science, les calculs, les chiffres, mais pas sur l’idéologie.

Jean Marc Jancovici

 

1.     « L’énergie n’est pas un secteur d’activité parmi d’autres mais le sang des milliards de machines qui travaillent à notre place »

 

Jean Marc Jancovici place l’énergie non pas comme un secteur d’activité, mais montre qu’elle est nécessaire à toutes les activités.

Son constat : nous sommes dopés à l’énergie, sans elle, aucune avancée économique.

Mais… deux problèmes majeurs viennent entraver cette belle mécanique :

 

2.     On ne remplace pas le pétrole comme ça !

 

Jancovici rappelle que la première source d’énergie (et de loin) reste le pétrole, y compris en France où il est deux fois plus utilisé que le nucléaire.

 

Celui-ci est une incroyable ressource énergétique: polyvalente (électricité, transport), transportable (dans les réservoirs de nos voitures), facile à manipuler (liquide)…

Malheureusement :

  • Le pétrole sera de plus en plus rare (et cher)
  • L’énergie issue de la combustion des produits pétroliers est fortement émettrice de CO2.

 

Quand on regarde comment le remplacer, Jancovici remarque que, compte tenu des quantités d’énergies en jeu :

  • Les énergies renouvelables, à consommation constante (ou en augmentation), ne suffisent pas.
  • Le charbon peut remplacer le pétrole (avec ses conséquences environnementales).
  • Le nucléaire pourrait aussi le remplacer, mais à condition de construire beaucoup de nouveaux réacteurs.

 

Bref, pas de solution écologique facile.

 

3.     Consommer moins d’énergie

 

C’est là que Jancovici rejoint notre sujet : pour sortir du pétrole, il faut commencer par consommer moins d’énergie.

Cela implique plusieurs solutions, à l’échelle du particulier :

  • Avoir une plus petite voiture.
  • Se déplacer moins.
  • Manger moins de viande
  • Acheter local
  • Boire l’eau du robinet
  • Mais on trouve aussi en bonne place : baisser la température de son logement et isoler !

Autrement dit, comme le collectif Négawatt, Jancovici propose avant tout de diminuer la consommation d’énergie dans toutes ses formes!

 

4.     Les énergies renouvelables ne suffiront pas ! Utilisons le nucléaire ?

 

Contrairement au collectif Négawatt, Jancovici pense que, même après avoir diminué considérablement la consommation d’énergie, la production à partir de ressources renouvelables, même si elle peut (et doit) considérablement augmenter, ne sera pas suffisante.

 

Sa solution passe donc par une augmentation de la production nucléaire dans le monde, et en France. Personnellement, je ne suis pas d’accord sur le sujet, mais ses chiffres parlent assez pour me faire un peu douter !

 

5.     Jancovici : Politiquement incorrect mais scientifiquement solide

 

Je ne peux pas m’empêcher d’évoquer le politiquement incorrect quand je parle de Jancovici. En effet, il n’hésite aucunement à critiquer le manque de connaissances de la classe politique sur les sujets de l’énergie et du réchauffement climatique. Selon lui, les mesures prises sont trop molles et arrivent trop tard.

 

De plus, Jancovici est pour une augmentation massive du prix de l’énergie, afin de motiver l’Etat et la population à consommer moins.

 

Ses propos, aussi politiquement provocants soient-ils, n’en sont pas moins systématiquement étayés scientifiquement. S’il n’est pas lui-même un scientifique, Jancovici fait partie de ces personnes qui ont un cerveau qui tourne mieux que la moyenne. Aussi, toutes ses démonstrations sont toujours accompagnées de chiffres, de courbes, de données et de calculs scientifiques qui les rendent difficilement contestables. La lecture de son CV atteste également de son sérieux.

 

6.     Manicore

 

Jancovici est le webmaster du site internet Manicore, il a aussi co-créé la société Carbone 4 et le think tank The Shift Project.

Je vous conseille vivement d’y passer quelques heures (oui, c’est long) pour y apprendre plein de choses sur les problématiques énergétiques et le réchauffement climatique.

(4 commentaires)

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  1. robin

    Bonjour ! merci pour ton très bon blog, je trouve aussi que Jancovici est quelqu’un de très intéressant. Mon seul petit désaccord avec lui serait sa manière de parler que je trouve souvent méprisante voir vulgaire et sa vision délibérément simpliste et militante du système électrique et de la question des coûts dans sa comparaison nucléaire/renouvelable.

    Tu dis « mais ses chiffres parlent assez pour me faire un peu douter ! » de quels chiffres parles-tu ? peut-être qu’il faut décrire tout cela plus précisément avancer sur ce vilain doute 🙂

    1. admin

      Bonjour Robin,

      Chez Jancovici, sa manière de parler n’est pas dissociable de ce qu’il dit. Je penses, mais il faudra le lui demander qu’il parle ainsi de un but de convaincre. Lorsque je le croise aux réunions du Shift Project, son auditoire et différent et son langage le devient aussi.

      Au niveau des chiffres, c’est facile de savoir desquels ils parle, puisqu’ils sont en ligne ici : http://www.tsp-data-portal.org/

      En général ils s’agit de compliqtions de chiffres issues des différents organismes statistiques.

  2. robin

    Intéressant ce Shift Project, j’aime beaucoup Gael Giraud, comment peut-on participer à ces réunions ?

    Pour les chiffres, j’imagine que nous avons in fine tous les mêmes sources, la question est ce que l’on en fait. Je pense notamment à un post du blog pro-nucléaire http://www.sauvonsleclimat.org/etudeshtml/intermittence-et-foisonnement/35-fparticles/1161-intermittence-et-foisonnement.html qui est souvent cité par tous les pro-nucélaire (e.g. Jancovici) comme une preuve de l’impossibilité d’avoir une grande quantité d’énergie renouvelable.

    Ce rapport n’est pas très sérieux dans beaucoup d’aspects, quelques uns ici:

    – il ne considère pas le « curtailment »ce qui amène bien évidement à une sur-estimation des besoins de stockage. La pluspar des études (sérieuses) sur le sujet font une vrai optimisation économique et aboutissent à un curtailement de l’ordre de 5% de l’énergie produite par les éoliennes et le PV.

    – il affirme que le développement des STEP en France est saturé, c’est faux. Le fil de l’eau est saturé mais pas les STEP, on peut penser qu’il y a plus de 3GW sur 36h de stockage additionnel à celui existant et utilisé aujourd’hui pour optimiser le parc d’EDF. J’imagine que la DGEC ne devrait pas tarder à sortir quelque chose de plus officiel sur le sujet. Après libres à ces physiciens théoriques de vouloir pousser l’hydrogène avec ses rendements médiocre alors que l’hydro a des rendements bien meilleurs, et est beaucoup moins chère.

    – d’autres sources de flexibilité doivent être prises en compte comme l’effacement et le pilotage de charge, éventuellement le CAES, à plus long terme le Power to Gaz….

    – Les éoliennes implantées aujourd’hui ont des facteurs de charge de l’ordre de 25% en France en moyenne et il est possible (aujourd’hui) d’avoir de bien meilleurs facteurs de charge (disons de l’ordre de 30% en moyenne) en ayant des pales plus grande à puissance nominale fixée. voir par exemple http://www.dewi.de/dewi/fileadmin/pdf/publications/Magazin_44/02.pdf… en France on ne le fait pas parce que les tarifs de rachats sont moins importants pour les tranches de facteurs de charge les plus élevées. D’ailleurs la CRE continue dans ce sens http://www.cre.fr/documents/publications/rapports-thematiques/couts-et-rentabilite-des-enr-en-france-metropolitaine/consulter-le-rapport

    1. admin

      Pour participer au Shift Project, il suffit de s’inscrire sur le site. Pour le reste, il y a toujours un problème dans le débat, c’est qu’au delà des chiffres, il y a les idéologies et les intérêts propres de chacun qui prennent le pas.

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