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Août 23

La vérité sur l’énergie, partie 2 : Scénarios pour le futur en poursuivant la tendence actuelle

 

L’énergie et la croissance économique sont liées. Dans l’article précédant, nous avions même vu que l’énergie était en quelque sorte le moteur de la croissance. Seulement, aujourd’hui, elle devient rare, chère et ses conséquences en termes de pollution ne permettent plus d’envisager l’avenir sur le même fonctionnement économique.

 

economie-energie-kWh Dans cet article, nous allons repartir du graphique de la consommation d’énergie de 1860 à nous jours :

 

energie_graph1

Source : Manicore

D’autre part, nous allons poser les principes suivants :

  • La population ne doit pas s’appauvrir
  • La population ne doit pas diminuer de manière non voulue
  • Aucun secteur ne doit subir de catastrophe brutale (c’est à dire des récessions durables de plus de 5% annuel). Cela risque une déstabilisation de la société entière.
  • A l’inverse, aucun secteur ne peut soutenir sur de longue période des croissances de plus de 10%/an. Ce n’est jamais arrivé dans le passé (même pour le charbon et le pétrole) il n’y a pas de raison que cela arrive dans le futur.
  • Je resterai sur des scénarios à 40 ans (2010-2050), c’est à peu près l’échelle inertielle pour changer de modèle, mais aussi l’horizon actuel du pétrole.

 

1. Les énergies renouvelables ne nous sauveront pas !

 

Inutile d’écouter ceux qui disent qu’on va pouvoir conserver le modèle et changer les énergies fossiles par des énergies renouvelables.

 

Pourquoi ? Regardons juste les chiffres. Aujourd’hui :

  • Total : 22 000 kWh/an/personne
  • Pétrole + gaz + charbon : environ 17 000 kWh/an/personne
  • Renouvelables : 4 000 kWh/an/personne
  • Reste : 1000 kWh/an/personne (nucléaire essentiellement)

 

Admettons que nous envisageons une croissance de 2%/an (afin d’éviter des crises économiques dramatiques), en 2050, il faudrait :

 

  • Total : 22 000 x 1.02^40 (croissance de 2% sur 40 ans) = 48 000 kWh/an/personne
  • Pétrole + gaz + charbon = 0 (on n’en veut plus)
  • Reste (nucléaire) = 2 200 kWh/an/personne
  • Renouvelables = 45 800 kWh/an/personne ! soit presque 3 fois les énergies fossiles aujourd’hui.

 

Pourquoi il est impossible d’atteindre ce chiffre ?

  • D’abords le bois : aujourd’hui, le bois n’est déjà pas renouvelable ! En effet, on brule plus de forêts qu’on en replante. difficile donc d’imaginer plus que les 2 000 kWh/an/personne. Il faut donc trouver encore 43 800 kWh !
  • Ensuite en termes de puissance, vient l’hydraulique. Le taux d’équipement actuel est très élevé dans les pays riches. C’est à dire que tous les fleuves et rivières intéressants ont déjà des barrages. On peut imaginer qu’il est possible de multiplier par deux en parfaisant l’équipement des pays émergents. On arrive à 2000 kWh/an/personne. Il faut donc encore trouver 41 800 kWh.
  • Pour trouver ces 41 800 kWh, il faut donc piocher dans : l’éolien, le solaire, la biomasse (hors bois) et la géothermie. Actuellement ces secteurs représentent… 300 kWh/an/personne.

 

Il faut donc faire un petit calcul : 300 kWh en 2010, 41 800 en 2050 ! ça fait ? 13 % de croissance annuelle durant 40 ans. Cela parait insoutenable. Surtout que pour se donner un ordre d’idée, si on devait partager ça équitablement entre l’éolien, le solaire, le biogaz et la géothermie, cela représenterait :

  • 17 millions d’éoliennes de 3 MW avec un facteur de charge de 25%
  • 40 milliards de m² de centrales solaires dans des zones bien ensoleillées
  • 2 millions d’unités de biomasse de 10 MW et la même chose en géothermie.

 

Impossible de construire tout ça !   Dans les scénarios que je vais maintenant présenter, j’ai toujours donner une croissance de 10% annuelle des énergies renouvelables hors bois et hydroélectrique (que je laisse au même niveau qu’actuellement).

 

2. Gardons notre modèle : 2% de croissance du PIB = 2% de croissance de l’énergie

 

Nous voulons 2% de croissance du PIB sans sortir de notre modèle économique. Pas de problème, si nous consommons 100 aujourd’hui, nous consommerons 220 en 2050.

2.1. On ne change rien.

 

Pas besoins de faire de gros calculs, il suffit de tout multiplier par 2,2 : Pétrole, Gaz, Charbon, Nucléaire et tous les autres. Outre l’impossibilité remarquée sur le bois et l’hydroélectricité, cela implique une pénurie de pétrole très rapide (les réserves sont estimées à 40 ans de notre consommation actuelle). Cela implique aussi de construire 500 réacteurs nucléaires nouveaux et de remplacer ou prolonger les 400 actuels.

 

2.2. Diviser par 3 les énergies fossiles

 

Pourquoi diviser par 3 les énergies fossiles ? C’est un bon compromis pour :

  • éviter la catastrophe climatique
  • éviter la pénurie
  • le tout en évitant des crises graves due à la récession dans le secteur (chômage).

Voici le résultat :

 

Ce scénario impose une croissance de l’énergie basée presque entièrement sur le nucléaire. Avec une multiplication par 30 de l’énergie nucléaire ! C’est à dire la construction et le remplacement de 12 000 réacteurs dans le monde en 40 ans. Il y en a actuellement 450 dans le monde dont 58 en France. Ce scénario nucléaire n’est pas envisageable physiquement.

 

2.3. Sortir du nucléaire ?

 

On reste dans notre modèle, mais on veut sortir du nucléaire. Quel impact sur les énergies fossiles ?

 

Ce scénario implique une forte hausse des énergies fossiles, physiquement impossible également.

 

Conclusion sur la tendance actuelle

 

Avec le nucléaire comme avec les énergies fossiles et comme avec les énergies renouvelables, la tendance actuelle n’est pas soutenable ! Comment faire ?

(2 commentaires)

  1. FRB

    Une question : tu dis « on brûle plus de forêts qu’on en replante » ; est-ce bien le cas ? J’entends souvent que le massif forestier français s’accroît. Une source serait la bienvenue.

    1. admin

      Deux choses :
      – La première, je parle du monde. En effet, en France le bois n’est pas une denrée absolument essentielle à notre énergie (c’est d’ailleurs une énergie sous exploitée). Dans le monde, il est des pays pour lesquels le bois est la 1ère ou la seconde ressource énergétique. Bien souvent, la forêt n’est pas renouvelée. Voir pire, on coupe pour faire autre chose (de l’huile de palme) et on brûle le bois sans même le valoriser. Aujourd’hui, dans le monde, la forêt recule, ce qui implique que le bois n’est pas « renouvelable ».
      – La seconde, en France : la forêt a repris ses droit grâce… au charbon ! Je ferai d’ici quelques mois un article sur la crise énergétique du 14ème siècle (il est d’ailleurs déjà écrit). Mais ce n’est pas le sujet actuel. En France donc, oui, le bois peut être considéré comme renouvelable. Encore que… En 2012, pour le 1ère fois depuis bien longtemps la forêt à reculé (enfin on dira stagné). Mais cela ne vient pas d’un problème de gestion de la ressource bois-énergie. Il vient en fait de la pression urbaine.

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